Victor Hugo

Victor Hugo et les châteaux luxembourgeois

Peu de temps après que le Grand-Duché de Luxembourg, en 1859, en été relié au réseau ferroviaire international, Victor Hugo (1802-1885) découvrit comme touriste ce pays indépendant, mais en le parcourant encore en véhicule hippomobile. L'histoire médiévale luxembourgeoise lui était en partie connue. Dans Le Rhin (1842), il évoque plusieurs fois les quatre empereurs que le comté, puis le duché d'autrefois avaient donnés à l'Allemagne; dans ses drames Ruy Blas (1838) et Les Burgraves (1843), il fait également allusion au sort du Luxembourg. Les choix politiques de la féodalité luxembourgeoise dans le contexte général de l'empire allemand et du royaume de France lui étaient familiers. Il lui restait  explorer le pays de visu.

Bourscheid

Le 20 septembre 1865, Victor Hugo visita le château de Bourscheid à partir de Vianden et nota dans son carnet :

" Une vieille femme nous reçoit. Son logis est dans une tour. Il est terrible. Un grabat couleur cendre dans une brèche du mur, une lucarne bouchée avec de la paille, un poêle de fer, quelques escabeaux branlants, le mur chassieux, la chambre borgne, la table boiteuse, la femme goitreuse. Elle loge là avec sa fille qui est jeune. Elle nous présente comme curiosité locale offerte aux voyageurs, le livre héraldique des sires de Bourscheid, sur lequel nous lisons à la date de 1758 : Charles Hugo, baron de Metternich, François Hugo Wolff, baron de Vernich et de Neckar-Steinbach, maréchal hériditaire du duché de Luxembourg.

Nous errons dans la ruine. Je la dessine. Elle est admirable. C'est un énorme arrachement de murs et de tours fait par quelque poing terrible [poing des vieilles guerres]. Le burg va du onzième siècle au quinzième. La vue est splendide."

Le château de Bourscheid fut construit vers l'an 1000, la Maison de Stolzembourg dans la partie inférieure du château date de 1384, le portail et le bastion d'artillerie de 1477. En 1803 François-Joseph Schenk de Schmidtbourg hérita du château de Bourscheid et de 1812 à 1815 il vendit des domaines, les meubles et les matériaux du château. Les ruines du château furent acquises par le notaire François-Julien Vannérus de Diekirch. 26 En 1512 la seigneurie de Bourscheid fut partagée entre les sœurs de Bernard de Bourscheid, dont l'une avait épousé Thierri de Metternich. De 1626 à 1753 les Metternich possédaient Bourscheid en entier. Victor Hugo a noté les noms des deux barons Charles Hugo de Metternich (1671-1738) et François Hugo Wolf de Metternich (1692-1759) parce qu'ils s'appelaient comme ses deux fils. Le château appartient aujourd'hui à l'Etat luxembourgeois, qui l'a en partie restauré.

Le 17 juillet 1871 Victor Hugo revint à Bourscheid :

"Excursion à Bourscheid. Nous sommes partis à midi et demi dans le char à bancs d'hier. Nous sommes allés non par Brandebourg, comme en 1865, mais par Diekirch et la route haute. Vue admirable de l a ruine du haut de la montagne environnante. Arrivés au village d'en bas à 4 h 1/2, nous avons bu de la bière et du lait, puis nous sommes allés à pied à la ruine. Vieille forteresse féroce. Un burg. Tout le onzième siècle avec ses spectres qui sont maintenant des tours. J'ai dessiné la tour d'entrée où il y avait en 1865 deux femmes, la mère et la fille, réfugiées l`à comme deux orfraies. Le nid est resté terrible. Les femmes n'y sont plus. Un portier m'a présenté un livre où j'ai écrit mon nom à côté de Paul Meurice [un confrère et amis parisien, son invité lors du voyage de 1862] et de Victor:" 27

Victor Hugo a fait de Bourscheid deux dessins à la mine de plomb (1865) et un lavis (1871).

26  J.-P. Koltz, Les Châteaux historiques du Luxembourg, 1975, p. 76; J. Zimmer,
      Die Burgen des Luxemburger Landes, I, 1996, pp. 62-135.
27
Bourg-Wilhelm, Le GDL dans les carnets de Victor Hugo, [1985], pp. 68-69, 164-164.